Maya : un navigateur intuitif propulsé par l’IA
Un navigateur qui part de l’intention de l’utilisateur plutôt que des onglets : e‑mails, notes, agenda et tâches dans une seule fenêtre, et une IA qui répond par des blocs interactifs. Neuf mois en start-up — des entretiens avec le fondateur au design system, à la marque et au site.

Contexte
Maya est un navigateur doté d’un assistant IA qui réunit e‑mails, notes, rappels, fichiers et tâches dans une seule fenêtre. L’idée : on ne part pas d’une application mais d’une intention. La personne dit ou écrit ce qu’elle veut accomplir, et le navigateur compose l’interface adaptée.
C’était une start-up sans processus établis. Le client était le CEO, qui tenait aussi le rôle de product owner, aux côtés d’une équipe de dix développeurs. Les six premiers mois, j’étais la seule designer ; les trois derniers, j’ai dirigé une équipe d’un ou deux designers.
- 9
- mois sur le produit
- 10+
- plugins conçus
- 10
- développeurs dans l’équipe
Difficultés
- La vision du produit changeait en cours de route : service → navigateur → système d’exploitation → retour au navigateur → service de niche → retour au navigateur. Chaque virage modifiait ce qui tenait lieu d’écran principal.
- Beaucoup d’idées, aucun scénario écrit : il fallait transformer ce flot d’idées en parcours clairs, que l’on puisse développer.
- Ni processus de design ni passation aux développeurs n’existaient — il fallait les mettre en place en même temps que le produit.
- Les interfaces IA du marché interprétaient mal l’intention et répondaient de façon incomplète ou à côté : les utilisateurs abordaient ces outils avec méfiance.
Objectifs
Créer un outil personnel tout‑en‑un, propulsé par l’IA, qui améliore la productivité en réunissant plusieurs fonctions sur une seule plateforme.
Rassembler e‑mails, rappels et notes dans une solution construite autour de l’intention, et non autour des applications.
Proposer des suggestions intelligentes, attentives au contexte et à ce que la personne veut accomplir.
Mon rôle
- L’UX et l’UI d’un produit IA complexe, à partir de zéro
- Transformer un chaos d’idées en parcours utilisateurs clairs
- Le langage visuel et la marque
- Le processus de design et la passation aux développeurs
- Le design system et Storybook
- L’encadrement d’une petite équipe de designers et de développeurs front-end
Processus
-
Entretiens avec les parties prenantes : objectifs business, attentes, indicateurs de succès
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Recherche : domaine, concurrents, irritants des utilisateurs, proto-personas
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Scénarios et parcours : les irritants des utilisateurs et les objectifs business traduits en tâches claires
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Architecture et navigation : comptes, espaces, intentions
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Plugins, maquettes, design system et Storybook
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Tests de couloir et itérations
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Langage visuel, marque et site
Comment j’ai commencé
Entretiens avec les parties prenantes
J’ai commencé par échanger avec le fondateur : il fallait fixer les objectifs business, aligner les attentes et s’entendre sur ce que serait un succès. Ces entretiens ont donné son cadre au produit.
« Notre mission est d’aider les gens à atteindre leurs objectifs et leurs intentions de la manière la plus efficace possible. »
« C’est comme avoir un secrétaire personnel ou un assistant de direction, sans les inconvénients. L’interface clarifie toujours et guide la personne vers son objectif. »
« Il faut s’éloigner des applications statiques pour aller vers des interfaces dynamiques, orientées objectif, qui montrent ce qui est pertinent au bon moment. »
Le fondateur décrivait les utilisateurs comme des dirigeants très occupés — et, plus largement, des travailleurs du savoir qui passent la journée à faire quelque chose devant un ordinateur.
Recherche sur le domaine
En parallèle, j’ai étudié le marché par une recherche secondaire : tendances, ressenti des utilisateurs, possibilités des technologies d’IA. L’analyse de la façon dont les gens utilisent les outils d’IA, et des endroits où l’intégration les fait trébucher, a donné une liste d’irritants.
- Productivité en baisse. Les outils d’IA s’intègrent mal : le travail se fragmente, et passer d’une application à l’autre casse la concentration.
- Manque de personnalisation. L’outil s’adapte difficilement à sa propre façon de travailler — la moitié de ses capacités reste inutilisée.
- Réponses inexactes. Le chatbot se trompe, ce qui engendre soit une confiance mal placée, soit des erreurs dans le travail.
- Informations périmées. Les versions gratuites sont rarement mises à jour — impossible de s’appuyer sur leurs réponses pour décider.
- Confidentialité et sécurité. Dans la finance et la santé, une protection des données insuffisante empêche d’adopter ces outils pour de bon.
Analyse concurrentielle
Avec l’équipe design, j’ai analysé les concurrents — Fireflies, Arc Browser, Waldo — ainsi que des produits IA de niche, comme les assistants de voyage. On y a vu leurs forces, leurs lacunes et ce par quoi Maya pouvait se distinguer.

Personas et énoncés de problème
Pour un scénario de niche — l’organisation de voyages — j’ai construit des proto-personas à partir d’avis sur des services similaires : Emily, créative multitâche ; John, dirigeant tourné vers le résultat ; et Linda, qui doit concilier travail, famille et projets personnels. Chacun a son énoncé de problème : Emily ne trouve pas de plateforme unique pour son processus créatif ; John perd du temps à jongler entre des applications déconnectées pour la communication, l’agenda et les projets.

Scénarios et parcours
J’ai traduit les irritants et les objectifs business en scénarios : un professionnel débordé aux multiples boîtes mail, une cheffe de projet attentive aux délais et aux risques, un responsable d’équipe, un chercheur, un commercial, un télétravailleur. Ils ont aidé à prioriser les fonctions et à expliquer les décisions par les tâches de vraies personnes.
Nous n’avons pas tenu d’artefacts formels de user stories — une start-up n’en avait pas le temps. L’essentiel de ce travail vivait directement dans les tâches et la documentation.
Architecture et navigation
Le plus difficile dans la structure, ce sont les comptes. Une personne en a plusieurs, et tous convergent vers un seul compte Maya. En dessous viennent les fichiers, les chats et les espaces ; dans un espace — l’historique, les favoris et les groupes d’intentions ; une intention se déploie en parcours, et un parcours est fait de blocs.

L’onglet habituel a été remplacé par l’intention (intent) : on peut la regrouper, la déplacer vers un autre espace, l’épingler ou l’ajouter aux favoris. J’ai conçu la navigation en deux dispositions — horizontale, proche d’un navigateur classique, et verticale, avec une arborescence de dossiers et d’intentions. Au lieu de « saisissez une adresse », la barre d’adresse demande « Que souhaitez-vous accomplir ? », avec la saisie vocale et des suggestions intelligentes à côté.
J’ai affiné et validé la structure avec l’équipe : on doit passer d’un plugin à l’autre et d’une fonction du compte à l’autre sans se demander où l’on est.


Plugins
J’ai conçu plus de dix plugins : e‑mails, agenda, notes, rappels, fichiers, contacts, actualités, recettes et d’autres. Chacun s’ouvre à côté des autres dans la même fenêtre, au lieu d’emmener la personne sur une page à part.
La réponse de l’IA n’est pas non plus un mur de texte, mais un bloc interactif. Interrogée sur un vol, Maya affiche des cartes de vols avec un bouton de sélection et demande combien de personnes voyagent — avec des options prêtes, pas une question ouverte.

Maquettes
J’ai mené les cas d’usage clés et les parcours complexes jusqu’à des maquettes détaillées. Elles remplissaient trois fonctions à la fois : valider vite une idée, la montrer au fondateur et donner aux développeurs une référence sans ambiguïté.

Version mobile
La version mobile a été conçue par un autre designer ; j’ai donné la direction, relu le travail, veillé à sa cohérence avec la version desktop et affiné les interactions clés là où il le fallait.

Bibliothèque de composants et Storybook
Personne n’avait demandé de design system — je l’ai défendu moi‑même : sans lui, un produit reconstruit à chaque changement de vision se serait défait visuellement.
J’ai constitué une bibliothèque de composants pour les thèmes clair et sombre, avec des spécifications claires, puis j’ai accompagné deux développeurs front-end dans son implémentation dans Storybook : attribution des tâches, relecture de leur travail, suivi des mises à jour. Le développement s’est accéléré et l’interface est restée cohérente.

Tests
Les tests étaient rapides et informels — surtout des tests de couloir. Je demandais à des collègues, y compris hors design (les RH, par exemple), d’accomplir une vraie tâche dans le produit : organiser un événement d’entreprise. C’est ainsi que sont apparus des problèmes dans les réponses de l’IA et dans la navigation.
« C’est exactement ce dont j’avais besoin il y a deux mois, quand j’organisais l’événement de l’entreprise ! »
« L’écran partagé me sauve la vie. Je travaille sur plusieurs documents à la fois sans perdre le fil. »
« L’outil suggère des choses auxquelles je n’aurais même pas pensé — il fait vraiment gagner du temps et simplifie mon travail. »
Ce que nous n’attendions pas
Les gens ne comprenaient pas quoi faire après que l’IA avait renvoyé un bloc de réponse. Ils ne voyaient tout simplement pas les boutons Maya — et restaient bloqués.
Avant
Les actions suivantes se cachaient derrière le bouton Maya, dans le coin du bloc. Je les ai rendues plus visibles et j’ai ajouté un bloc « Et ensuite ? » avec des options. On le voyait désormais — mais modifier la réponse ou continuer demandait encore trop d’effort.
Après
L’édition sur place et un champ « Poser une question de suivi » sont apparus directement dans le bloc. Les gens ont compris aussitôt qu’ils pouvaient continuer à travailler avec la réponse.

La leçon principale : visible ne veut pas dire utilisable. Rendre une action visible ne suffit pas si elle reste hors de portée.
Langage visuel, marque et site
J’ai créé tout le langage visuel de Maya : couleurs, typographie, patterns d’interface et un jeu d’icônes illustrées. Le logo avait été commencé par un autre designer ; je l’ai finalisé et accordé au style d’ensemble.
J’ai conçu le site du produit à partir de zéro — des wireframes aux visuels finaux, contenu compris. L’objectif était simple : net et moderne, avec une navigation claire et un récit des fonctions clés de Maya.



Bilan
En neuf mois, une idée qui a changé plusieurs fois de forme est devenue un produit cohérent : un navigateur à l’architecture claire, une dizaine de plugins, deux thèmes, un design system dans Storybook, une marque et un site.

Lors des tests, les participants ont salué l’interface intuitive et les fonctions d’IA — et le fait qu’e‑mails, documents et projets se trouvent enfin au même endroit.